Germaine Montero – La chanson de Margaret

Publié: 14 décembre 2012 dans Mac Orlan Pierre, Montero Germaine
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Une chanson réaliste « à texte »

La chanson « réaliste » a surtout été popularisée au cours de l’entre-deux guerres par des interprètes féminines comme Fréhel, Damia ou même Edith Piaf, et les thèmes récurrents de ces chansons traitaient de sujets dramatiques, imprégnés d’une noirceur certaine et très souvent inspirés par le quotidien des quartiers populaires de Paris.

« La chanson de Margaret » qui a pourtant été écrite au début des années 50, est véritablement à la frontière entre cette chanson dite réaliste et la chanson à texte qui connaîtra son essor à la fin des années 50 et au début des années 60.

Pierre Mac Orlan

Les paroles de la chanson ont été écrites par l’écrivain Pierre Mac Orlan et comme beaucoup des textes de chansons de Mac Orlan, ces paroles ont été mises en musique par l’accordéoniste V. Marceau.  Mac Orlan a, toute sa vie durant, été un passionné de chansons: déjà en 1899, il envoyait à Aristide Bruant ses premiers poèmes écrits en cachette. Lui-même, accordéoniste amateur, Mac Orlan tenait cependant à faire, « [non] pas des poèmes mis en musique, mais des chansons écrites, autant que possible, en respectant les règles du jeu. ».  En 1951, il rencontre Germaine Montero qui créera la plupart des chansons de cette première période et qui demeure son interprète de prédilection.

« Elle fut la première à donner sa confiance aux paroles de mes chansons. Ce n’était pas une confiance de tout repos. Mais l’art de la grande comédienne, réuni à une parfaite compréhension de la poésie populaire, presque toujours secrète, lui permit de gagner le jeu souvent difficile des mots. »

Le succès conduira Mac Orlan à écrire de nouveaux textes de chansons ou à remanier d’anciens poèmes qui sont mis en musique cette fois par des compositeurs plus spécialisés dans la chanson comme Philippe-Gérard, Georges Van Parys. Léo Ferré se prêtera également à l’exercice en 1960 avec la « Fille des bois » que créera Catherine Sauvage sur scène, l’année suivante.

Pierre Mac Orlan (de son vrai nom, Pierre Dumarchey) est né en 1882 et décédé en 1970. Écrivain français de grand talent et auteur d’une œuvre abondante et variée, il débuta par l’écriture de contes humoristiques, après avoir en vain tenté une carrière dans la peinture. Après la Première Guerre mondiale, son inspiration se tourna vers le registre fantastique et le roman d’aventures. La dernière partie de sa carrière littéraire fut consacrée à l’écriture de chansons, d’essais et de mémoires. (1)

« Le très petit lot de mes petites vertus… »

La chanson de Margaret nous plonge dans une atmosphère de cabaret louche, de quartier sordide, de port où rodent des aventuriers et des filles. Mais « La chanson de Margaret » est aussi une chanson nostalgique où les parfums de l’enfance et le souvenir d’un « premier baiser sur les chevaux de bois » permettent à Margaret, cette fille perdue sous le ciel pesant de Tampico, de quitter le Mexique pour retrouver en pensée, l’odeur des quais et du quartier Saint-François au Havre où elle est née.

Un texte absolument magnifique auquel la voix touchante de Germaine Montero donne une grandeur presque tragique. Voilà donc cette chanson bouleversante qu’est « La chanson de Margaret » et que je vous propose maintenant d’écouter … presque religieusement !

(1) Pierre Mac Orlan

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Germaine Montero, de son vrai nom, Germaine Heygel, est née en 1909 d’un père alsacien et d’une mère normande. Actrice et chanteuse française, elle est connue pour ses rôles dramatiques au théâtre (notamment chez Jean Vilar), entre autres, dans Noces de sang, Yerma ou La Maison de Bernarda Alba de Federico Garcia Lorca qu’elle fait d’ailleurs connaître en France. Elle avait débuté sous sa direction au théâtre de Madrid.

Chanteuse, elle interprète avec sa voix unique, Aristide Bruant, Jacques Prévert, Pierre Mac Orlan, Léo Ferré, Béranger, etc. Elle chanta également souvent en espagnol (notamment ses interprétations remarquables des chansons folkloriques recueillies par Garcia Lorca).  Elle est décédée en juin 2000. (2)

(2) Source: Wikipedia

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Germaine Montero – La chanson de Margaret

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Pierre Mac Orlan

La chanson d Margaret

Paroles de Pierre Mac Orlan et musique de V. Marceau

C´est rue de la Crique que j´ai fait mes classes
Au Havre dans un star tenu par Chloé (3)
C´est à Tampico qu´au fond d´une impasse
J´ai trouvé un sens à ma destinée
On dit que l´argent c´est bien inodore
Le Pétrole est là pour vous démentir
Car à Tampico quand ça s´évapore
Le passé revient qui vous fait vomir

Oui j´ai laissé là mes joues innocentes
Oui à Tampico je me suis défleurie
Je n´étais alors qu´une adolescente
Beaucoup trop sensible à des tas d´profits
Les combinaisons ne sont pas toujours bonnes
Comme une vraie souris j´ai fait des dollars
Dans ce sale pays où l´air empoisonne
La marijuana vous fout le cafard.

On m´encourageait j´en voyais de drôles
Je vidais mon verre en fermant les yeux
Quand j´avais fait le plein j´voyais le pactole
Et les connaisseurs trouvaient ça curieux
Une fille de vingt ans, c´est pour la romance
Et mes agréments semblaient éternels
Mais par-ci par-là quelques dissonances
M´en ont mis un coup dans mon arc-en-ciel

C´est là que j´ai laissé derrière les bouteilles
Le très petit lot de mes petites vertus
Un damné matelot qui n´aimait que l´oseille
M´en a tant fait voir que je me reconnais plus
Oui, il m´a fait voir le ciel du Mexique
Et m´a balancée par un beau printemps
Parmi les cactus, dans le décor classique
Où le soleil vous tue comme à bout portant.

Un cock shangaïé, un soir de folie (4)
A pris mon avenir comme un beau cadeau
Il m´a dit « petite, il faut qu´on se marie
Tu seras la fleur d´un joli bistrot
De tels boniments démolissent une femme
Je me voyais déjà derrière mon comptoir
Les flics de couleur me disaient « Madame »
Bref, je gambergeais du matin au soir

Mon Dieu ramenez moi dans ma belle enfance
Quartier Saint François, au bassin du roi.
Mon Dieu rendez-moi un peu d´innocence
Et l´odeur des quais quand il faisait froid
Faites moi revoir les neiges exquises
La pluie sur Sanvic qui luit sur les toits
La ronde des gosses autour de l´église
Mon premier baiser sur les chevaux de bois.

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(3) Note sur le mot « star »

Un star, nous apprend Mac Orlan, qui traîna ses «espadrilles» dans les ports normands avant guerre, était un petit bar «où l’on chantait, et dont l’accès était facile».

(4) Note sur l’expression « Shanghaïé »

Être limogé c’est être « débarqué », en général contre son grè. Mais être shanghaïé c’est être embarqué à son insu.

Au XIXe, voire au début du XXe, sur la côte ouest de l’Amérique, à San Francisco, à Oakland, compte tenu de la durée et de la dureté des campagnes, de l’attrait de l’or plus proche peut-être, il n’était pas toujours facile de compléter les équipages. Comme en d’autres lieux et en d’autres temps, et surtout pour aller à la guerre, un bon moyen de recruter un marin était de le saouler à mort. Le lendemain l’homme pris au piège émergeait de sa resaca sur un grand et fier trois mâts cinglant grand largue à destination de Manille, de Yokohama, de Macao, de Hong-Kong, ou de quelqu’autre port de la côte ouest du Pacifique, comme Shanghai, d’où le mot.

Source: Wikipedia

 

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commentaires
  1. Commentaire reçu de Denise relativement à cette chanson:

    « Bonjour, Magnifique chanson que cette Chanson de Margaret! Merci de lui redonner un peu d’éclat dans nos mémoires! Petite précision: le texte de Mac Orlan dit bien « Au Havre dans un star tenu par Chloé ». Un star est un bar, certes (voir ce lien).
    Rendons « le star » à la star!

    Encore merci et bonne fin d’année »

  2. Vous n’avez peut-être par noté qu’au début de la vidéo il y a un silence d’environ 15 secondes…

  3. Anonyme dit :

    bonjour et merci de cet envoi, malheureusement je n’ai pas accès à « la chanson de Maglia » ; avec votre lien j’arrive bien sur l’enregistrement, qui défile normalement, mais sans aucun son !!! cordialement, Francine ELZI�RE

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